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Filmosaure | February 24, 2017

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6 Comments

Black Swan (2011)

Black Swan (2011)
Stéphanie Valibouse

 

Ma note : 10/10. 

Le Lac des Cygnes est en pleine représentation à Paris ces temps-ci au Palais des Congrès, et ayant enfin pu le voir, c’était l’occasion de me lancer dans un (interminable) article sur Black Swan.

Darren Aronofsky, décidément adepte des réalisations torturées, s’est fait plaisir avec une production qu’il avait en tête depuis 8 ans. Il semble se repaître de la déchéance de ses héros, et Black Swan n’échappe pas à la règle. Récompensé de l’Oscar de la meilleure actrice pour Natalie Portman, nominé pour ceux du meilleur réalisateur, meilleur film, meilleure photographie et meilleur montage (sans compter les Golden Globes et autres récompenses), Black Swan est acclamé par la critique, descendu par l’intelligentsia cinématographique qui se targuera de ne surtout point suivre le courant et d’y critiquer ce que leur cerveau exceptionnel aura décrypté comme des lourdeurs scénaristiques.

En quelques mots, un succès planétaire et le rôle de sa vie pour Natalie Portman. Personnellement, cette fille me gave : on la voit partout (Thor, seriously ?), nos hommes sont tous transis devant elle, et en 2002 elle crevait déjà l’écran en embrassant le jeune Anakin dans la prélogie de Star Wars (bitch), puis dans le génial V pour Vendetta, puis à nouveau dans le très beau Deux soeurs pour un roi… Mais jalousie mal placée à part, il faut bien avouer qu’elle endosse le rôle du cygne à la perfection, trompe nos yeux d’amateurs d’une performance impressionnante en danse classique, le tout édulcoré d’un éventail d’émotions qui nous fera oublier définitivement son insupportable performance dans Sex Friends.

(Note : ceux qui ont vu le film peuvent sauter la section suivante, voire celle d’après et passer directement à l’analyse. Les autres : attention aux spoilers après la deuxième section)

 

L’affiche russe en jette pas mal.

 

Synopsis : ou comment résumer convenablement un film qui déchire sa race sans spoiler

L’intrigue fait écho à celle du Lac des Cygnes, ballet composé par Tchaïkovsky. Ballerine au sein du New York City Ballet, Nina voue sa vie à la danse. Encouragée mais infantilisée par une mère qui réalise ses rêves à travers sa fille, elle subit la pression du milieu qui évince cruellement ses danseuses passé 25 ans. Lorsque Thomas Leroy, directeur artistique de sa troupe, la choisit pour jouer la Reine des Cygnes dans sa nouvelle version du Lac des Cygnes, Nina doit faire face à la rivalité de ses comparses, l’exigence de son mentor et le contrôle maladif de sa mère. Parfaite pour le rôle du cygne blanc, Nina peine à interpréter le cygne noir, bien plus sensuel, libre, voire dépravé. L’arrivée et amitié étrange de Lily, autre favorite pour le rôle, l’aide à travailler ce rôle, mais l’entraîne dans une spirale dangereuse, à la découverte d’un aspect bien plus sombre de sa propre personnalité.

 

Spécial béotiens : quelques mots sur le Lac des Cygnes

Enfin quand je dis béotiens, je parle de moi il y a un an à peine. Tous le monde n’a pas forcément le temps ou l’envie de voir un ballet, alors comme je suis sympa, je te résume l’intrigue et te donne quelques infos sur le Lac des Cygnes (tu verras, ça va t’aider pour la suite).

Le prince Siegfried est en âge de se marier, et sa mère veut le forcer à prendre épouse, chose à laquelle il réagit en s’isolant pour aller chasser dans la forêt. Odette quant à elle est une belle jeune femme victime d’un sortilège jeté par le sorcier Von Rothbart : la nuit, elle garde forme humaine, mais le jour, elle se transforme en cygne blanc. Le Prince Siegfried, l’apercevant auprès du Lac des Cygnes, tombe amoureux d’elle, un amour qui pourrait rompre le charme, mais Von Rothbart ne l’entend pas de cette oreille. Il envoie sa fille Odile, toute de noir vêtue et étonnamment similaire à Odette en apparence, séduire le Prince, ce qu’elle fait avec succès. Siegfried finit par se rendre compte de la méprise et retourne au Lac des Cygnes afin de revoir Odette.

De là, plusieurs versions pour la fin :

  • Celle utilisée par le directeur Tomas Leroy dans le film : Odette, par désespoir, se suicide et atteint à travers la mort cette liberté tant convoitée.
  • D’autres versions ont couru à mesure des représentations, avec un terme plus ou moins heureux. Celle jouée actuellement à Paris par le Saint Petersbourg Ballet Theatre permet aux deux amants de se retrouver enfin.

 

********** ATTENTION FAT SPOILERS DANS LA SUITE : AVOIR VU LE FILM. **********

********** DUDE I’M SERIOUS **********

 

 

Parallèles entre Le Lac des Cygnes (ballet) et Black Swan (film)

Cygne blanc, cygne noir

Nina Sayers est bien entendu, Odette, le cygne blanc. Pure, “sweet girl” (comme l’appelle sa mère), ayant également quelque chose de virginal. Cette dernière qualité est entretenue par l’infantilisation de sa mère, qui garde le contrôle sur elle et l’empêche de grandir (en l’empêchant de s’enfermer pour être tranquille ou lorsque qu’elle dort dans la chambre de sa fille et l’empêche sans le savoir de se masturber). Pendant toute la première partie du film, Nina est habillée de couleurs douces (rose, gris, blanc). Dès qu’elle tente de lâcher le contrôle, elle se blesse (scène du fouetté chez elle devant le miroir).

“Sweet girl…”

Mais tout comme une danseuse unique interprète les deux cygnes, Nina se transforme peu à peu en Odile, le penchant sombre d’Odette. Ses choix vestimentaires accompagnent cette tendance, et à mesure que le cygne noir prend possession de la jeune fille, des touches de gris sombre et noir s’ajoutent à sa garde-robe.

Un autre personnage crucial est apparenté au cygne noir, et le spectateur risque d’être trompé un certain moment : il s’agit de Lily, cette nouvelle danseuse venue de San Francisco. Légère, sensuelle, toute habillée de sombre et avec ses ailes noires tatouées dans le dos, elle séduit les hommes qui l’entourent sans faire d’efforts (y compris le danseur interprétant le Prince Siegfried…). Et de même, pourtant sans une once de malice, elle séduit Nina dans tous les sens du termes, et l’encourage à se lâcher plus. Son arrivée en scène dans le film est très symbolique : elle ouvre la porte, et distrait Nina qui rate son audition pour le cygne noir (fameuse scène du fouetté). Elle faillit, par la même occasion, de séduire LeRoy avec sa performance du personnage, alors que Lily y parvient sans même s’en rendre compte.

Comme Odile prend la place d’Odette, Lily remplace Nina pour une répétition du ballet, envoûtant son partenaire et les danseurs présents comme elle envoûterait un prince et sa cour.

Lily, qui paradoxalement est sa seule véritable alliée attire peu à peu Nina vers son côté sombre. Au départ, celle-ci semble effrayée, et refuse ses invitations, mais se laisse peu à peu séduire. Elle brave sa mère pour sortir, accepte un vêtement noir… et enfin “embrasse” cet alter ego dans une scène d’amour symbolique où, avant d’être cette mythique rencontre lesbienne entre Natalie Portman et Mila Kunis, est l’instant précis où cygne noir et blanc fusionnent. A partir de cet instant, Nina ne sera plus jamais la même.

Ses hallucinations se font beaucoup plus intenses, et notamment cette transformation en cygne qui s’opère dans son esprit. Des couleurs bien plus sanglantes apparaissent (ses yeux, sa blessure…) .Comme la jeune fille du ballet, elle se métamorphose. Et enfin, cette délivrance à travers la mort : suicide symbolique lors du ballet, réel pour Nina / Odette, enfin libre(s).

 

Le Prince et le Sorcier

Vincent Cassel interprète un rôle très ambigu : le directeur artistique Thomas LeRoy est lui aussi empreint d’une dualité que l’on découvre à mesure de l’intrigue. L’on croit comprendre que Nina a des sentiments pour LeRoy qui pourrait être considéré comme son Prince Siegfried (LeRoy, Le Prince… oh Aronofsky, I see what you did there). Comme le Prince, il se laisse séduire par la performance de Lily. Comme Odette sait son Prince séduit par Odile, Nina a une vision de LeRoy en pleins ébats amoureux avec Lily. Celle-ci fait-elle partie de son délire hallucinatoire ou est-elle réelle ?

Mais lors de ces ébats, LeRoy se transforme soudainement en Von Rothbart, le sorcier : son second rôle symbolique dans le film.

Clarification : LeRoy n’est pas un pervers qui profite de son statut pour coucher avec ses danseuses. Son attitude envers Nina est en quelque sorte purement professionnelle : sans famille ni enfants, il n’a que sa carrière dans la vie et souhaite atteindre la perfection dans ce domaine, quels qu’en soient les moyens. Il est conscient que Nina n’est pas à l’aise dans le rôle du cygne noir car trop en contrôle et l’engage à lâcher prise. Donc, lorsqu’il lui somme de “go home and touch yourself”, “live a little”, l’embrasse et l’interroge sans scrupules sur sa vie sexuelle, il a principalement en tête sa performance de ballerine qui sera magnifiée si Nina se laisse dépraver.

That evil force is pulling you, that you cannot escape.

Cela dit, tout comme Von Rothbart qui attire Odette malgré elle, lui jette un sortilège, et est à l’origine e l’apparition de son alter ego sombre Odile, LeRoy est grandement responsable de la métamorphose de la jeune fille et de la spirale infernale dans laquelle elle s’engage, qui la conduira à sa perte… et sa libération.

“The only person standing in your way is you. It’s time to let her go, lose yourself.”

Et plein d’autres trucs mais je sens que t’es un peu saoulé(e)

J’ai noté tellement de petits détails que je ne me sors plus de ce satané billet… mais entre autres, l’on peut noter :

  • Les références au ciel, à la nuit, au matin : “To the moon… and back” (Nina/Lily) ; “It will let you see the night sky” (Lily) ; “It will be better in the morning… it always is” (la mère)
  • L’utilisation évidente du thème composé& par Tchaïkovsky pour symboliser la dualité et transformation de Nina, le personnage de Lily, etc.

 

Comments

  1. Tour simplement incroyable ! Aronofsky au sommet de son oeuvre ?

    • La Filmosaure

      Sublime. Je suis une grande fan d’Aronofsky qui nous pond régulièrement des chefs-d’oeuvres. J’attends le prochain avec impatience même si le sujet me laisse perplexe (Noah)

      • A près tout pourquoi pas ??? Il y mettra sa patte et ça passera en glisse !

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