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Filmosaure | July 21, 2017

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One Comment

La tragédie de l’homme (2011)

Gibet
  • On April 21, 2013

Review Overview

Note
5

Comestible

Sortie (Hongrie) : 2011

Du 12 au 19 avril, les meilleures salles de Rouen et son agglomération accueillent le festival À l’Est, du nouveau qui se consacre aux films d’Europe centrale et orientale. Six films sont cette année en compétition – parmi ces films, La Tragédie de l’homme de Marcell Jankovics, film d’animation tourné en Hongrie.

La Tragédie de l’homme est un film d’une densité rare sur le plan visuel. À chaque époque visitée, Jankovics s’empare du style de l’époque et l’anime. Pour la Préhistoire, il anime les peintures rupestres, pour l’histoire égyptienne les hiéroglyphes, pour l’antiquité grecque les figures qu’on voit sur les poteries, et ainsi de suite, jusqu’à aujourd’hui (et même un peu demain). Jankovics mêle tout ça avec un goût autant pour les formes d’art officielles que pour celles plus populaires, et une culture débordante qui devrait ravir les plus fieffés des historiens d’art. En plus, l’animation de tous ces styles que l’humanité a laissé tomber fonctionne particulièrement bien. Jankovics réussit tellement son coup qu’on se dit que ces images ont toujours été faites pour l’animation !

Par ailleurs, le film – j’ai vraiment fait le calcul – contient une surprise visuelle à peu près toutes les 10 secondes. On ne sait jamais par où ça va arriver, mais il se passe toujours quelque chose à l’écran, soit qu’un élément se métamorphose en un autre, soit que Jankovics passe d’une animation fluide à une animation hachée, soit qu’il place un raccord inattendu. C’est foisonnant à souhait, joyeusement bordélique, toujours oscillant entre pur expérimental et animation classique. Je vous conseillerais d’ailleurs, si vous avez encore envie de le voir à la fin de cette critique, d’opter pour la VF (même si je ne suis pas sûr qu’une VF existe) car il est impossible de suivre et les sous-titres très longs car la langue est très littéraire et les 3000 choses qui se passent à l’image.

tragedy of man 2011

Tout ce qui ne relève pas du visuel, en revanche, est une véritable catastrophe. La Tragédie de l’homme, du moins si le film lui est fidèle, est une pièce qui appartient au courant romantique et en contient les pires excès. Langue artificielle et pompeuse (« L’âme cristalline de cette faible femme, plus loin de toute la boue de l’intérêt, apprendra à connaître, et à travers le battement de son cœur, cela se transformera en poésie et en noble chant ! »), dialogues abscons qui se veulent d’une profondeur philosophie et métaphysique absolue mais qui ne sont qu’un amas de clichés, intrigues bâclées et hermétiques, vision de l’homme et du monde sans intérêt…

Et par-dessus la lourdeur originelle, Jankovics rajoute sa propre lourdeur. Le film mérite une bonne vingtaine de points Godwin, tellement tout et tout le monde est associé, par l’image, à Hitler et au nazisme. Quoi de plus normal, après tout, puisque c’est une vision cyclique de l’histoire qui est ici décrite ? Et on y va avec les symboliques bien marquées de roues qui tournent, de gestes qui se répètent inlassablement, de fondus enchaînés qui mettent sur le même plan tous les tyrans et toutes les guerres… C’est paradoxal : le film essaie de nous persuader que de tous temps les hommes ont été des salopards inconstants navigant entre sexe et mort (donc l’homme = un) mais nous montre précisément le contraire en restituant un peu de la culture de chaque civilisation (l’homme = autant d’individus qu’il en existe). Le cycle est un des pires clichés du cinéma d’auteur, que parfois le cinéma d’auteur sait détourner (80 lettres dessine clairement un cercle mais en même temps laisse entendre par son titre qu’un dénouement à long terme aura lieu, Un mois en Thaïlande utilise aussi le cercle mais nous dit que si son personnage y reste enfermé, c’est totalement sa faute), mais dans lequel La Tragédie de l’homme saute à pieds joints.

tragedy of man dog

À la musique, Jankovics use (et abuse) des plus beaux morceaux de Beethoven, Tchaïkovski, Mozart… En gimmick sonore, à chaque fois qu’un personnage est accablé, un petit bout du Requiem. Loin de sublimer les images, cette utilisation de musiques si grandes à l’appui d’un discours si fatigant nous fait sentir comme Alex dans Orange mécanique, quand on le force à ne plus pouvoir écouter la 9ème de Beethoven sans qu’il ait l’impression d’imploser.

Synopsis

La Tragédie de l’homme est une pièce de théâtre incontournable de la culture hongroise où Lucifer fait voyager Adam à travers l’histoire de l’humanité afin de le faire plonger dans le pessimisme et le rallier à son bord.

Comments

  1. Et bien tu m’as donné méchamment envie de le voir (même si de toute façon j’y serais arrivé à un moment ou à un autre).
    L”enchainement des différents styles graphiques m’intrigue !

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