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Filmosaure | August 21, 2019

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La Tête Haute (2015)

Stéphanie Valibouse

Review Overview

Note
8

Savoureux

Sortie (France) : 13 mai 2015

Le 68ème Festival de Cannes s’ouvre sur La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot, un drame social sur le thème de la réinsertion porté par la présence étonnante du jeune Rod Paradot, épaulé par Catherine Deneuve, Sara Forestier et Benoît Magimel. 

L’avenir de Malony semble tout traçé lorsque nous assistons impuissants aux drames qui parsèment déjà son enfance. A l’âge de 6 ans, il voit déjà sa jeune mère l’abandonner dans le bureau de la juge pour enfants, en pleine crise de larmes. Dix ans plus tard, nous le retrouvons dans cette même pièce, une fois de plus face à la juge Catherine Deneuve qui l’observe avec un mélange de bienveillance et d’exaspération contenue. Sa mère, toujours aussi perdue, est quasiment érigée au rang de sainte par le jeune de seize ans qui considère la plupart des femmes comme des “putes”.

La tête haute Sara Forestier Rod Paradot

La tete haute © Luc Roux.jpg

Dans ce scénario, il n’y a pas de fautif, il n’y a pas de responsable. Comme la mère de Malony l’exprime après qu’il ait entraîné son petit frère dans un accident de voiture, ce n’est la faute de personne, c’est pas de chance, c’est tout. La déresponsabilisation des différents protagonistes s’opère dès les premières minutes : une jeune maman pauvre et mal éduquée, un enfant trop souvent laissé à lui-même et absorbant la misère pour la transformer en colère.

C’est donc un adolescent pétri de colère et terrifié d’aimer qu’incarne avec talent Rod Paradot lors de ses premiers pas à l’écran. Un personnage qui n’est pas sans rappeler Steve Després, le jeune hyperactif de Mommy entretenant une relation border-oedipienne avec sa mère. Loin de souffrir de la comparaison, Paradot, tour à tour effrayant et émouvant, fait l’effet d’une bombe à retardement prête à exploser de rage à tout instant. Son entourage s’épuise à croire en lui lorsque lui-même n’y croit plus et semble persuadé que sa place ne réside qu’en prison.

catherine deneuve la tete haute

La tête haute © Luc Roux

Emmanuelle Bercot se concentre sur le rôle de ces juges, éducateurs, avocats qui cadrent le parcours de Malony. Infinie patience, épuisement, failles cachées. Plus que des fonctionnaires de l’Etat, ce sont aussi des êtres humains, qui ont parfois eux-mêmes fait l’expérience chaotique de la réinsertion. Nous ressentons, à leur instar, espoir lorsque le jeune homme se montre plein de bonne volonté, comme un enfant qui veut essayer, qui veut bien faire. Et cette chape de plomb qui retombe, comme cette capuche sur les yeux de Malony, dès qu’il rechute. Trois pas en avant, quatre pas en arrière ; un rythme répétitif qui accuse quelques longueurs en deuxième partie de film, peut-être pour nous contaminer d’autant plus avec ce sentiment d’impuissance, de lassitude qui gagne les proches du délinquant.

Le schéma de la violence et de l’abandon est-il voué à se reproduire ? L’amour, avant tout, pourrait changer la donne, mais comment apprendre à dire “Je t’aime” à un gosse qui refuse même de l’entendre ?

Synopsis

Une juge pour enfant et un éducateur font tout leur possible pour sauver Malony, un jeune délinquant, jusqu’à ses 18 ans.

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