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Filmosaure | November 22, 2017

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Vanishing waves (2013)

Gibet
  • On April 16, 2013

Review Overview

Note
9

Repas de fête

Sortie (France) : 29 mai 2013

Du 12 au 19 avril, les meilleures salles de Rouen et son agglomération accueillent le festival À l’Est, du nouveau qui se consacre aux films d’Europe centrale et orientale. Six films sont cette année en compétition – parmi ces films, en avant-première, Vanishing Waves de Kristina Buozyte, tourné en Lituanie et déjà sacré Meilleur film fantastique européen au festival de Stiges.

Vous vous souvenez d’Inception ? Mais si, vous savez, ce film où des types se baladent dans l’inconscient d’un autre type pendant des heures sans jamais tomber sur le moindre contenu sexuel – comme si la validation de l’existence d’un inconscient n’allait pas de pair avec la validation de la théorie psychanalytique qui consiste essentiellement à étudier les pulsions du corps refoulées. Vanishing Waves est une sorte d’Inception intelligent. (Je vous vois venir : non, multiplier les contorsions scénaristiques face auxquelles seuls les spectateurs les plus attentifs pourront saisir les enjeux, ce n’est pas de l’intelligence, c’est de la poudre aux yeux).

Vanishing Waves bénéficie, dans son exposition, d’un aspect scientifique totalement crédible. Les réalisateurs et scénaristes ont travaillé avec la fine fleur de la neurologie et ça se sent. Dans l’équipe scientifique, tout le monde ne parle pas la même langue ; on entend du français, de l’anglais, du lituanien. L’effet est tout simple mais donne réellement l’impression d’assister à la mise en place d’une expérimentation importante pour laquelle on aurait convoqué des chercheurs d’un peu partout. C’est sur ce genre de petits détails très justes que Vanishing Waves convainc d’abord. Comme l’a dit le co-scénariste Bruno Semper en guise d’introduction à la projection, Vanishing Waves retourne au sens littéral du terme « science-fiction ». Il prend un fait scientifique, et il l’extrapole au maximum. D’ailleurs, Buozyte exploite visuellement une idée qui embrasse parfaitement ce parti-pris : les images générées par les données scientifiques brutes, tous ces graphiques en 3D, ces courbes sinueuses, sont utilisées comme matériau au profit du merveilleux. Buozyte trouve clairement une beauté dans ces images pourtant pragmatiques et les met en scène comme autant de manifestations magiques d’une intériorité.

Le film, de toute manière, est plastiquement irréprochable. Malgré son budget apparemment limité, jamais Vanishing Waves n’a l’air cheap. Au contraire, Buozyte ose un tas d’idées particulièrement ambitieuses et, pour tout dire, assez géniales. Les plus grosses émotions que le film m’a procurées étaient purement graphiques. J’ai notamment été totalement retournée par un simple gros plan très ralenti sur un œil qui s’ouvre.

vanishing waves

Dans la salle, mes camarades spectateurs se sont empressés d’assimiler le film au travail de David Lynch. Pour vous qui n’avez pas vu le film, le rapprochement doit aller de soi – un long-métrage qui explore les inconscients doit forcément avoir un lien de parenté avec l’œuvre du cinéaste mal coiffé. Eh bien non.

Lynch travaille le symbole, la métaphore. L’image chez lui ne se suffit pas à elle-même, elle en appelle une autre, en creux. Si je me réfère par exemple à l’œuvre de sa filmographie que j’aime le plus, autrement dit Eraserhead, tout est sur ce mode-là. La blonde aux joues énormes qui chante In Heaven everything is fine en écrasant du talon des espèces de spermatozoïdes géants certes provoque un malaise (et éventuellement un rire) mais il faut nécessairement intellectualiser pour réellement comprendre ce qui est montré.

Vanishing Waves ne se place pas du tout dans cette veine. C’est un film très sensoriel. Son étrangeté provient non pas du fait que les créateurs utilisent des détours métaphoriques pour désigner ce qu’ils souhaitent désigner mais justement du fait qu’ils n’en utilisent pas du tout. La psyché de la jeune femme dans le coma est nue. Pour parler en termes psychanalytiques, on peut dire que la jeune femme est un ça ambulant, le ça étant cette partie de l’esprit qui contient toutes les pulsions, aussi bien physiques que psychiques, sans aucun filtre. De fait, quand elle éprouve du désir, tout son corps et ce qui l’entoure manifestent le désir ; quand elle a faim, elle engloutit des tonnes de nourriture qu’elle finit par ne plus pouvoir avaler. Tous les choix pour la partie inconsciente vont dans ce sens.

vanishing waves a l'est du nouveau

Vanishing Waves pâtit d’un dernier mouvement un peu trop conceptuel – évidemment puisque Lukas se rapproche de plus en plus de la jeune femme – mais se rattrape à la fin par une séquence magnifique.

Malgré, donc, ce dernier tiers difficile à avaler, Vanishing Waves est un beau film, pointu tout en restant très accessible. Je ne sais pas s’il sera bien distribué en France mais prenez note : il sort le 29 mai et vous devez aller le voir.

Synopsis

Lukas travaille dans la recherche fondamentale. Lors d’une expérience, il parvient, contre toute attente, à pénétrer dans l’inconscient d’une jeune femme dans le coma.

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