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Filmosaure | December 9, 2019

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The Lobster (2015)

Stéphanie Valibouse

Review Overview

Note
7

Appétissant

Sortie (France) : 28 octobre 2015

Vision cauchemardesque d’une société sans demi-mesure où la romance est cadrée selon des règles strictes, The Lobster pourrait briguer la Palme du Meilleur Scénario pour son originalité.

Ici, l’anti-conformisme amoureux peut vous coûter votre humanité. Les personnes célibataires sont envoyées dans un centre où elles ont 45 jours pour trouver l’âme soeur, sous peine d’être transformées en l’animal de leur choix. Un Colin Farrell bedonnant qui vient de se faire quitter par sa femme – pour un autre, cela va de soi – y atterrit bon gré, mal gré, avec l’option à terme de passer le restant de ses jours sous la forme d’un homard. Un homard vit une centaine d’années, a le sang bleu comme la royauté, et, même si cela semble être éludé ici, choisit un partenaire pour la vie.

Mais la déshumanisation commence bien avant cela : aucun des protagoniste n’a de nom. Le célibat devient une condition honteuse qui transforme ses victimes en parias de la société. Le seul moyen de retarder l’échéance de quelques jours consiste à tuer d’autres “Solitaires” lors d’une grande chasse à l’homme quotidienne dont la grande lauréate est une femme sociopathe dénuée de tout sentiment. Ironie d’un processus où la plus grande chance de survie tient à sa capacité à feindre un point commun avec quelqu’un pour enfin gagner le pavillon des couples et bénéficier d’un cadre de vie plus doux ; un espoir vers la sortie et la réinsertion.

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L’obsession du point commun afin de créer une connexion avec sa future âme soeur vire au ridicule, comme pour dénoncer la manière dont les relations amoureuses se créent sur catalogue, en remplissant des cases dans une application de rencontre, en s’inventant un avatar en ligne conforme à une image faussée. Comme si les sentiments, qui ne sont d’ailleurs jamais évoqués de manière authentique dans The Lobster, se créaient sur la base du rationnel, du petit détail commun. Sans ce détail – myopie, saignements de nez à répétition, boitement – point de rapprochement ni de salut.

Parfois, on ignore s’il s’agit d’un mauvais jeu d’acteur ou si, plus probable, ces personnages deviennent si coupés de leurs émotions par un lavage de cerveau constant qu’ils ne savent plus communiquer que de manière stéréotypée. Les dialogues mécaniques s’égrainent, maladroitement, et sonnent faux. Seule, Léa Seydoux, initiatrice de sa propre forme de tyrannie envers les autres, dégage une effrayante aura. Mais ses propres choix semblent également dictés par une force irrépressible : la peur, la colère, la frustration ?

The Lobster se perd un peu dans son dernier tiers et accuse quelques longueurs sans réussir à se renouveler, renforçant le sentiment d’impuissance face à la condition dans laquelle le monde est figé.

Yorgos Lanthimos dépeint une dystopie à la Black Mirror, mais dont l’absurdité poussée à l’extrême prête souvent à sourire. Les conventions réinventées et imposées sans aucune raison logique évoquent le fanatisme à ceci près qu’ici, la religion ou la politique ne font jamais partie du tableau. Comme si ces obligations n’étaient qu’une conséquence d’un surmoi collectif névrosé, obsédé par la notion de couple et d’assemblage par paires.

Synopsis

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, il sera transformé en l’animal de son choix. 

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