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Filmosaure | May 25, 2017

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Les Anges exterminateurs (2006)

Les Anges exterminateurs (2006)
Gibet
  • On February 18, 2013

 Ma note : 5/10

Le 6 février dernier sortait La Fille de nulle part, nouveau film de Jean-Claude Brisseau. Personne, parmi les rédacteurs de La Filmosaure, n’avait vu jusqu’alors d’oeuvre de ce cinéaste et c’est l’occasion rêvée pour se plonger dans sa filmographie. Un peu au hasard, j’ai choisi de visionner Les anges exterminateurs.

SYNOPSIS

François, le personnage principal, est cinéaste. Hanté par des voix et fantômes, il veut réaliser un film sur les mystères du plaisir féminin, film qui contiendrait, dans l’idéal, des scènes de sexe lesbiennes explicites. François part donc à la recherche de jeunes actrices ni trop frileuses ni trop ouvertes.

CRITIQUE

Par beaucoup d’aspects, Les Anges exterminateurs a de quoi me séduire. Tout d’abord, Brisseau parvient à faire de belles choses avec un budget minuscule et c’est une chose que je trouverais toujours honorable et inspirante. Là où beaucoup de productions sans le sou abandonneraient, Brisseau soigne le visuel, au moins pour les scènes hallucinées et pour les scènes sexuelles. Après ça, inutile de chercher à rendre les scènes « normales » particulièrement jolies : elles tranchent avec les séquences fantasmées et le décalage fonctionne naturellement.

En outre, si j’en crois les interviews et ce que Les Anges exterminateurs nous laisse voir, par mise en abîme, de sa façon de tourner, Brisseau travaille d’après une méthode que j’apprécie : le scénario, avec lui, est en mouvement perpétuel, il le réécrit tous les jours en se nourrissant de ce que lui offrent ses acteurs, et en éludant le plus possible les dialogues explicatifs. Le tournage n’est plus uniquement le moment de la mise en image du scénario, c’est le moment, ouvert à tous les heureux accidents, d’une recréation.

En ce sens, Les Anges exterminateurs est bancal et bordélique. Mais loin d’être un défaut plombant, c’est cet aspect qui m’a permis de ne jamais m’ennuyer. La narration change tout le temps de direction et l’intérêt est sans cesse sollicité par l’imprévisibilité du film.

les anges exterminateurs brisseau

Malheureusement, Les Anges exterminateurs ne se limite pas à ce que j’ai décrit. D’ailleurs, d’après ce que j’ai lu, les critiques entièrement positives, se concentrent uniquement là-dessus et ne disent rien sur l’autre facette, bien plus discutable, du film. Il faut savoir, à ce stade, que Brisseau a réalisé ce film après un petit scandale. Jean-Luc Brisseau, en 2005, est condamné pour harcèlement sexuel sur des actrices castées pour son précédent long-métrage, Choses secrètes.  De fait, Les Anges exterminateurs lui sert de plaidoyer. Et quel plaidoyer !

Brisseau pratique de manière assez malhonnête l’auto-idéalisation. François, le cinéaste du film, est son avatar. Brisseau a beau le nier, c’est plus qu’évident : François a les mêmes chemises que lui, les mêmes lunettes que lui, une voix grave et  profonde comme lui, s’exprime avec sa voix en off, et il poursuit exactement la même quête cinématographique, avec les mêmes méthodes de travail ! La seule différence notable, c’est que François est nettement plus beau et charismatique que le Brisseau réel, ce qui n’est pas sans participer à l’entreprise d’auto-idéalisation dont je parlais. Je suppose que Brisseau, après coup, a préféré dire que ce n’était pas lui qu’il décrivait sous cette forme parce qu’il craignait les procès d’intention mais il n’empêche que c’est là.

Brisseau s’innocente totalement. Il se peint comme un Strong Silent Man victime de l’hystérie de ses actrices. On pourrait relever par exemple le nombre de fois où un personnage féminin dans le film se sent en sécurité avec François… On entend toutes les cinq minutes des Vous êtes rassurant, des Vous dégagez un charme certain, des J’ai confiance ou Sous votre regard j’ai pu enfin jouir. Je soupçonne à ce propos Brisseau de faire de la publicité pour ses tournages en multipliant les exemplaires de jeunes femmes concédant qu’elles ont eu leur premier orgasme sous l’aile de François. En fait, François est irréprochable. Quand ses actrices le tentent, il les repousse calmement et rentre faire l’amour à sa femme. Quand elles l’appellent à trois heures du matin parce qu’elles sont tristounettes, il va les border. Et si la situation dégénère, c’est uniquement la faute de ces filles, toutes plus ou moins folles (l’une d’elles serait même possédée par le diable), qui n’arrivent pas à séparer fiction et réel, travail d’acteur et sentiment authentique.

Certes, on a bien des moments où Brisseau s’accuse. L’un des fantômes qui n’arrête pas de l’observer, notamment, prend la forme d’une actrice qui a été brisée par l’un de ses tournages. Mais tout ce qui l’accuse n’a l’air d’être là que pour mieux le victimiser. François/Brisseau serait un génie incompris à qui le cosmos ne pardonne pas d’essayer de transpercer les énigmes du plaisir. La pureté de ses intentions est telle que la manière de parvenir à ses fins ne peut pas être considérée comme malsaine. Je n’ai rien contre Jean-Luc Brisseau et je veux bien croire en sa bonne foi mais la vision de sa situation dans Les Anges exterminateurs est incontestablement injuste et manichéenne ; par là, sa fiction est pauvre et son plaidoyer contre-productif.

les anges exterminateurs 2006

Les Anges exterminateurs porte avec lui un autre élément d’agacement : on dit fermement, de ci de là, que ce n’est pas un film pornographique. Brisseau lui-même s’en défend. Pourtant, je n’ai pas rêvé : le film représente quatre ou cinq fois et sans détour l’acte sexuel et ces scènes, de surcroît, sont les climax de l’oeuvre. C’est, par définition, purement et simplement de la pornographie ! Ce n’est pas parce que le film ne correspond pas aux codes de la pornographie de masse en vigueur, qu’il préfère la distance au gros plan, et la contemplation au voyeurisme, qu’on doit nier son appartenance évidente à ce genre. Et, je le précise, ce n’est pas un moyen pour moi de rabaisser le film. La pornographie, à mes yeux, c’est du cinéma de genre, avec parfois un cinéaste – comme Brisseau par exemple ! – qui débarque et le sublime, comme ça arrive régulièrement avec toutes les autres sous-catégories du cinéma de genre. Triste humanité qui n’assume pas ce pan énorme et irréductible de sa culture !

les anges exterminateurs

Les Anges exterminateurs, en bref, est un film pornographique potentiellement passionnant mais tristement plombé par un réalisateur qui tient à se mettre hors de cause par rapport à ce qui lui arrive dans la vie. Cela peut signifier que si on regarde les autres films de Brisseau, qui ne se souffrent pas de ce contexte pesant car ils ont été faits longtemps avant ou longtemps après, qu’on pourrait bien tomber sur quelques grands films !

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