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Filmosaure | October 17, 2017

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Le roi et l’oiseau (1980)

Gibet

Review Overview

Note
9

Repas de fête

Sortie (France) : mars 1980 Version remasterisée : 3 juillet 2013

Pour les petits effrontés qui considèrent le cinéma français comme uniformément terne et naturaliste, Le roi et l’oiseau de Paul Grimault est un beau contre-exemple. Par chance, ceux-là (et tous les autres d’ailleurs – soyons plus ouverts que ces premiers) peuvent dès maintenant le découvrir ou redécouvrir en salles dans une version fraîchement restaurée.

Je n’ai qu’une seule réserve à l’égard de ce film : son propos, comme celui d’une grande partie de l’œuvre écrite de Prévert (« Quelle connerie la guerre » clame-t-il fièrement dans un de ses poèmes les plus connus), est d’une naïveté qui frise la niaiserie. Ici, nous explique Prévert, les tyrans c’est mal et la liberté c’est bien. Il est dommage que l’authentique roi, odieux mais en souffrance et de fait un peu attachant, soit rapidement expédié au profit d’un avatar de ce roi qui n’est que pure méchanceté. Ainsi, si le film finit par questionner ce qu’il y a de destructeur et de monstrueux dans l’oiseau, il oublie d’affiner le portrait du roi. C’est comme s’il disait « tout le monde est potentiellement mauvais, mais tout le monde n’est pas potentiellement bon » – une réflexion, à vrai dire, assez dangereuse.

Cela dit, nuançons un peu, je me souviens qu’enfant Le roi et l’oiseau me perturbait car je ne savais pas ni qui était le méchant, l’oiseau me semblant aussi agressif que le roi et ce bien avant qu’il aille se réfugier dans la carcasse de l’automate, ni comment je devais réagir à tout ça. C’est donc que, même si à mes yeux plus mâtures l’oeuvre paraît limpide, l’écriture est, au-delà de son message faiblard, plus complexe et sophistiquée qu’elle n’y paraît. Notons qu’effectivement, pour l’enfant, il y a peu de repères, le film est avare de mots (et donc d’explications) et marque peu ses tonalités (par exemple, on n’utilise pas des musiques comiques pour les scènes comiques et des musiques tristes pour les scènes tristes). Autrement dit, Le roi et l’oiseau ne prend pas l’enfant pour un imbécile, et c’est une qualité rare dans les dessins animés et autres productions jeunesse.

le roi et l'oiseau 1980 - paul grimault - photo1

Je le répète : le film est avare de mots. C’est très important car c’est symptomatique de sa réussite. On connaît bien le Jacques Prévert dialoguiste/scénariste : il crée des films certes jolis mais aussi particulièrement bavards, et très artificiels dans leur bavardage. Dans Le roi et l’oiseau, étonnamment, il se met en retrait et use du verbe avec parcimonie. Pour autant, il ne se bride pas, et il arrive à insérer quelques très beaux morceaux typiques de son style, tels que l’inventaire des pièces du château (« prison d’état, prison d’été, prison d’hiver, prison d’automne et de printemps, bagne pour petits et grands ») ou les chansons du mois de mai (« Le monde est une merveille / Il y a le jour et la nuit / Y’a le mer qui est profonde / Y’a la Terre qui est toute ronde »). On sait combien l’addition d’un talent + un talent peut être infructueuse – Le roi et l’oiseau réussit un tour de force : chaque participant donne le meilleur de soi sans empiéter sur les autres.

le roi et l'oiseau 1980 - paul grimault - photo2

Car si les mots sont à l’honneur, le cinéma n’est pas en reste. Sur le plan visuel, Le roi et l’oiseau est d’une richesse incroyable. Paul Grimault construit un univers puissant, si puissant qu’il fera des émules fameux (tous les réalisateurs des studios Ghibli sont, à la base, des fans de Grimault !), en mélangeant à sa patte un tas de références impressionnant, parmi lesquelles on peut compter notamment la peinture de Chirico, les sculptures de Rodin, ou encore Les Temps modernes et Le Dictateur de Chaplin.

Mais, à vrai dire, ce qui m’enchante le plus quand je vois Le roi et l’oiseau, c’est le son. Bien sûr, il y a la bande originale impeccable concoctée par Wojciech Kilar, qui relève la gageure de poursuivre le travail de Vladimir Kosma avec autant de personnalité que de respect. Mais il y a aussi et surtout un soin apporté aux bruitages et au mixage, proche de celui plus connu des œuvres de Tati, qui fait qu’on pourrait, avec plaisir, écouter le film sans en voir les images,  d’autant plus qu’à cela s’ajoute un casting de voix parfait. Vive la gouaille de Pierre Brasseur et les murmures d’Anouk Aimée !

le roi et l'oiseau 1980 - paul grimault - photo3

Synopsis

« C’est l’histoire d’un roi très mauvais qui a des ennuis avec un oiseau très malin et plein d’expérience ; il y aussi des animaux qui sont très gentils, deux amoureux et beaucoup de gens épouvantables. » (Jacques Prévert)

Comments

  1. Mais je l’avais ratée…. enfin je la lis. Je rajouterai une référence de taille non mentionnée, c’est dans le chapitre du visuel, le surréalisme. Très belle critique, je me réjoui de découvrir cette oeuvre en tant qu’adulte, mais je suis certaine que la finesse du film me séduira à nouveau… et cela me rappelle mon grand-père qui avait eu l’intelligence de me faire connaître ce film, tous les enfants, de tous les âges devraient voir ce film.

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