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Filmosaure | January 21, 2017

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Windfighters, les guerriers du ciel (2013)

Gibet
  • On August 15, 2013

Review Overview

Note
2

Rating

Sortie (France) : 10 juillet 2013

En 2004, le réalisateur sud-coréen Kim Dong-won est recomposé à Sundance pour Rapatriement, un, dit-on, très beau documentaire sur la scission entre les deux Corées. Le réalisateur de Windfighters s’appelle aussi Kim Dong-won, il est aussi coréen, et il traite aussi de la scission entre les deux Corées, mais disons-le d’emblée : il ne sera jamais récompensé par qui que ce soit.

Windfighters est un échantillon très représentatif de ce que j’appellerais le « cinéma bâtard », en ce qu’il passe son temps à renier ses origines, et que ce reniement, au lieu de produire un mélange savoureux (on peut penser, pour citer un autre film sud-coréen, à Le Bon, la Brute et le Cinglé, qui se jette à corps perdu dans un genre pas du tout sud-coréen et qui par là se constitue une identité forte), génère une oeuvre plate, qui pourrait être faite par absolument n’importe qui, d’absolument n’importe où.

Windfighters pastiche sans arrêt le cinéma hollywoodien, et n’y ajoute rien. Première strate : la promo du film est très fière de dire que Windfighters est « digne des plus grandes superproductions hollywoodiennes » ou de préciser qu’une partie des techniciens a travaillé sur Inception et The Dark Knight. Le teaser, dans le même sens, suit le schéma du teaser hollywoodien classique : l’accent est mis sur l’action (alors que ça ne représente qu’un quart du film) et les informations sont délivrées par une voix-off grave et péremptoire, elle-même surlignée par des habillages sonores plein de BOUM BOUM. Notons en outre que le titre originel est R2B : Return to base et donc que les distributeurs nous offrent encore une fois un spécimen de traduction english to english telle que l’excellent Tumblr Pardon My Titres en répertorie et dénonce chaque jour.

windfighters les guerriers du ciel

Seconde strate : le film cite à de nombreuses reprises Top Gun, que ce soit dans les dialogues ou à l’image. Une des premières séquences nous montre, par exemple, le héros en train de faire le malin sur sa moto rouge, de la même manière que le fait Tom Cruise au début de Top Gun. Par extension, tout le film, dans sa mise en scène, son écriture, ses situations, pioche à grosses poignées dans Top Gun et, dans l’absolu, ce ne serait pas grave si à un moment Kim Dong-won cherchait à dépasser la référence – c’est comme si, à ses yeux, plagier, en moins bien, ça suffisait à faire un bon film.

Troisième strate : les enjeux politiques du film sont flous car Kim Dong-won se refuse à être précis. Le conflit entre la Corée du Nord et la Corée du Sud est abstrait, on ne sait pas trop ce qui les déchire ; le film ne contient aucune référence à des personnalités réelles, même pas les dirigeants Kim Jong-un et Lee Myung-bak. Dong-won aurait pu créer un monde totalement imaginaire pour raconter son histoire que ça n’y aurait rien changé. Encore une fois, c’est américanisant – ou au moins bâtardisant – dans la mesure où le but est, en étouffant les vraies problématiques diplomatiques, de permettre à quiconque de regarder le film sans aucun bagage ni préambule. Par ailleurs n’est-ce pas malsain que, dans ce contexte délicat, un réalisateur sud-coréen postule l’imminence d’une nouvelle guerre ? N’est-ce pas de la pure provocation que de faire un métrage pour montrer l’armée du Sud qui ratatine l’armée du Nord ?

windfighters les guerriers du ciel kim dong-won

L’américanophilie du film n’est même pas assumée jusqu’au bout puisque d’une part les personnages parlent coréen (l’anglais pourtant aurait facilité l’export, qui décidément paraît être le seul véritable but de l’affaire) et d’autre part les américains, dans le récit, sont les véritables méchants. Bien sûr les nord-coréens sont diabolisés au maximum (ce qui donne aussi parfois l’embarrassante impression de voir un film de propagande) mais les quelques personnages américains sont encore pires ! Le nord-coréen affronte le sud-coréen d’égal à égal ; l’américain, lui, paternaliste, le regarde de haut et lui impose des choix.

Kim Dong-won concocte un film qui, parce qu’il est mou dans chacun de ses parti-pris dans l’espoir de plaire à tout le monde, est voué à ne plaire à personne. Les fans de cinéma coréen n’y trouveront pas grand-chose de ce qui fait le charme du cinéma coréen, les fans de blockbusters américains n’y trouveront qu’un ersatz de blockbuster américain, et les fans d’aviation – croyez-moi, j’ai fait des recherches – ne se satisferont pas d’un film si peu rigoureux dans sa représentation de l’Armée de l’Air sud-coréenne et de ses machines qu’il semble mépriser son sujet.

windfighters ha-na lee

Si le DVD, édité par Wild Side depuis le 10 juillet 2013, propose une copie d’une qualité technique correcte (attention cependant à ceux qui voudraient tenter le film en VF, car les voix y sont, comme cela arrive assez souvent avec les VF, sous-mixées), le seul bonus, un making-of promotionnel, n’est pas, avec son image niveau amateur et sa voix-off ridicule, regardable.

Synopsis

Nous vivons les derniers jours de paix… Alors que les tensions entre les deux Corées sont à leur apogée, une attaque aérienne d’une rare violence déstabilise le pays et bouleverse le monde. Pour éviter une guerre atomique sans précédent, une troupe d’élite s’élance livrer combat dans le ciel. Leur mission : anéantir une base nucléaire ennemie et sauver l’un des leurs. De leur courage et de leur sacrifice dépendra l’avenir de toute une nation.

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