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Filmosaure | June 22, 2017

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Quai d’Orsay (2013)

Stéphanie Valibouse

Review Overview

Note
7

Appétissant

Sortie (France) : 6 novembre 2013

Bertrand Tavernier signe une adaptation fidèle, drôle et jouissive de la bande dessinée par Christophe Blain et Antonin Baudry, où l’humour naît du mariage entre l’absurdité et la réalité.

Conseiller du Ministre des Affaires Etrangères, Antonin Baudry a travaillé quelques temps au Quai d’Orsay au début des années 2000. Sous pseudonyme (Abel Lanzac), il retranscrit son expérience sous la forme d’une bande dessinée où les noms des protagonistes ont été modifiés : ainsi, Dominique de Villepin devient Alexandre Taillard de Worms. C’est autour de ce personnage que les cases et bulles se structurent, tout comme la vie au Ministère s’organise autour des exigences d’un Thierry Lhermitte tourbillonnant dans l’adaptation de Tavernier.

thierry lhermitte quai d'orsay

C’est d’ailleurs de ce personnage qu’est issue une grande partie des effets comiques, qui trouvent leur écho dans son caractère imparable. Le traitement se veut caricatural, mais on y reconnaîtra paradoxalement un proche, un collègue ou un patron, car malgré leur absurdité, les situations évoquées sont empreintes d’un irrésistible réalisme. Thierry Lhermitte, dont le jeu devient plus que médiocre lors de maigres passages au calme, notamment au début, se révèle heureusement grandiose en Alexandre Taillard dont les petites obsessions et grandes idées sont autant de matières à dialogues savoureux. Monomaniaque du Stabilo qui pluche, l’homme se montre aussi nul en informatique que doué devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

On (re)découvrira dans Quai d’Orsay l’aberrance bureaucratique qui plombe les processus d’un ministère pourtant d’importance capitale ainsi qu’un monde où, comme dans toute société, l’intérêt général se heurte aux intérêts de chacun. Rythmée de citations d’Heraclite en intertitres presque aussi obscures que les diatribes enflammées du Ministre, l’action se divise en plusieurs chapitres sans perdre en continuité. Tavernier sait jouer de contraste pour maintenir une cadence satisfaisante à son film sans nous épuiser, opposants séquences d’accalmies et personnages sobres à la tempête qui souffle dans les bureaux et fait voler les feuilles au son de portes claquées dès que le Ministre fait son apparition.

“Vous voulez ma mort ou quoi ? Il ne marche pas ce Stabilo ! Regardez : il pluche. Il pluche !”

Parmi ces autres personnages, on se satisfera sans plus de Raphaël Personnaz en héros, nouveau Conseiller du Ministre au Langage et représentatif de l’auteur Antonin Baudry. Mais c’est Niels Arestrup qui se fera objet de toutes nos affections, incarnant brillamment l’infatigable Claude Maupas, homme rassurant et professionnel, le seul capable de résoudre une crise d’envergure internationale tout en tenant tête au Ministre. Nous nous attachons à l’anonyme qui, source d’inspiration pour la création du personnage Maupas, représente ces hommes et femmes doués et dévoués à leur pays. Malgré l’exagération de leurs traits, aucun de ces personnages n’est bête ou tourné en ridicule – sauf peut-être un Président absent et irresponsable obsédé par l’affaire de l’ourse Cannelle dont l’ombre ne plane que par quelques coups de fil. Quant à Marina, compagne du héros qui se voit attribuer un rôle plus important que dans la bande dessinée, elle souffre d’un manque cruel de personnalité et l’on ne ressent aucun empathie pour elle. Cependant, son existence en tant qu’institutrice propose un contraste intéressant : celui de la “vie ordinaire” comparée à celle au Ministère, où l’on aurait tendance à perdre le recul.

quai d'orsay thierry lhermitte raphael personnaz

Quai d’Orsay n’est donc pas dénué de défauts, mais se hisse grâce à ses nombreuses qualités, et notamment sa finesse, parmi les meilleures comédies françaises de ces dernières années. L’amour du cinéma transparaît dans un film pour nous toucher, et Bertrand Tavernier demeure un véritable passionné du septième art, respectueux de l’oeuvre d’origine et du travail bien fait.

Synopsis

Alexandre Taillard de Worms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares… Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates.

Comments

  1. Bonsoir, j’ai trouvé ce film brillantissime et que c’est drôle. Les acteurs ont l’air de bien s’amuser. Arestrup est impérial. Un grand film. Bonne soirée.

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