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Filmosaure | July 22, 2017

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Nymphomaniac – Volume 2 (2014)

Gibet
  • On January 30, 2014

Review Overview

Note
5

Comestible

Sortie (France) : 29 janvier 2013

Toujours dans le cadre de son intégrale Lars Von Trier, le festival Premiers Plans a diffusé le second volume de Nymphomaniac en avant-première. J’ai bravé la foule pour vérifier si le sentiment mitigé laissé par le premier opus allait persister, si le cinéaste danois allait retrouver ses inventions formelles et délaisser sa nouvelle veine intellectuelle trop étriquée.

Pendant 1h50, j’ai cru que Nymphomaniac c’était bien

Ce deuxième volume corrige en grande partie ce qui ne fonctionnait pas dans le premier. Moment éloquent : après que Zeligman a évoqué l’art du nœud et fait un détour par l’alpinisme, Joe répond : « C’était de loin votre digression la plus faible. » Ça y est ! Les personnages dialoguent ! Ils s’écoutent, se répondent, les divergences morales se marquent. On a enfin le sentiment d’assister à la rencontre de deux individus, et non plus à la mise en présence de deux pantins beaucoup moins drôles que Kermit et Piggy. Zeligman, surpris en même temps que nous quand Joe décide de sucer le personnage de Jean-Marc Barr, interrompt la narration ; Joe, quant à elle, commence à dénoncer les procédés trop grossiers mis en place par Trier – quand elle cherche un titre pour son dernier chapitre, elle se plaint que la décoration de Zeligman est trop pauvre, ce qui met l’accent sur le côté très artificiel du mécanisme d’associations enclenché depuis les premières minutes du volume 1. Quelle chance tout de même, chaque élément de l’appartement de l’inconnu qui a recueilli Joe par hasard a une résonance dans son histoire ! Ç’aurait presque pu être beau si Trier, partant du principe proclamé par le surréalisme que le hasard est signifiant, avait lâché la bride ici à une méthode de création arbitraire, qu’il s’était par exemple enfermé dans une authentique chambre de vieux célibataire juif pour s’y forcer à trouver des liens entre son histoire de nymphomane et ce qui s’y trouvait – malheureusement non, c’est dans l’ordre inverse qu’il a fonctionné. Et que Trier laisse entendre au bout du compte qu’il est conscient de ses erreurs ne l’excuse pas tellement. Si tu sais que tu es lourd quand tu es lourd, pourquoi ne pas être pas lourd plutôt que de dire « je sais que je suis lourd » en espérant que ça te sauve ? Peu importe, dans ce Volume 2, la brèche scénaristique est ouverte, il y a du jeu, et c’est salvateur pour esquiver in extremis la chute dans le pompeux le plus absolu.

nymphomaniac volume 2 charlotte gainsbourg

Trier – ou du moins ses salopards de remonteurs – trouve aussi dans ce second volet un rythme plus efficace pour l’immersion dans ces mésaventures nymphomanes, un rythme plus alangui, qui gagne progressivement en intensité, et qui sait par instants ménager des surprises. Quand vient l’épisode des 40 coups de fouet, on s’attend à devoir subir la séquence en intégralité, car d’une part le rythme général semble bien se prêter à ce qu’on s’attarde là-dessus, et d’autre part que Trier ne s’est pas gêné quelques minutes plus tôt pour nous faire traverser dans toute sa durée la série de fessées précédente – eh bien non : Trier décolle promptement vers autre chose. Le projet retrouve autrement dit dans ce seconde volume un peu de l’imprévisibilité qui lui manquait cruellement. Même dans le contenu de son récit, le film finit par atteindre dans ses dernières parties un fond sadien – Joe défend les pédophiles, Joe initie très cyniquement une jeune fille à son art… – qui détonne et remue.

Pendant les 5 dernières minutes, j’ai vu que Nymphomaniac c’était n’importe quoi

Si vous n’avez pas vu le film, et que vous ne souhaitez pas être spoilés, ne cliquez pas pour voir le paragraphe suivant : j’y rentre dans le détail du dénouement. Théoriquement, je sais que ça ne se fait pas de déflorer aussi précisément la fin. Mais cette fin est une insulte, alors il me fallait la désamorcer dans le détail.

Spoiler »

Le final de Nymphomaniac – Volume 2 se déploie en trois mouvements, qui sont autant de marches vers le WTF. Première étape : Joe s’engage à mettre toute sa détermination au profit de sa purification, elle a compris en racontant son histoire qu’elle était malade, et veut se sortir à tout prix de sa nymphomanie. C’est un peu tiré par les cheveux par rapport à ce qu’on a vu de la psychologie du personnage, et ça ferme le sens d’une histoire qui aurait pu sans cela être reçue de mille manières différentes, mais pourquoi pas ? Deuxième étape : Zeligman s’insurge, il explique que la culpabilité de Joe est due à ce qu’elle est une femme, et que jamais elle aurait ressenti ça si elle avait été un homme car la société permet aux hommes d’agir comme ça ; c’est la fameuse distinction Don Juan vs salope. Merci, Lars, on n’y avait jamais pensé ! Ça valait vraiment la peine de développer un récit romanesque de 4 heures pour en arriver à cette conclusion ! Après tout, Proust ne conclut-il pas À la recherche du temps perdu par « Bin merde, quand même, le temps ça passe vite. » ? Troisième étape : Joe décide de se reposer, Zeligman sort. Quelques secondes plus tard, le temps que Joe s’endorme, Zeligman revient sans pantalon et se met à violer Joe. Écran noir. Zeligman dit quelque chose comme : « Avec tous les hommes que t’as baisés, ça va rien changer. » Un coup de feu retentit, on entend des mouvements, probablement Joe qui s’enfuit… Fin.

Ce twist conclusif est d’une pauvreté modèle. Formellement, c’est digne des plus immondes feuilletons télé. Sur le plan narratif, ça ne sort de nulle part. Que les vieux sens de Zeligman aient été réveillés par les histoires cochonnes de Joe, on le conçoit, mais que tout à coup sa douceur et sa sagesse se brisent pour laisser place à la brutalité et à la vulgarité, c’est absurde. Si Trier essayait de nous piéger, le piège est raté, car le portrait qui est fait de Zeligman pendant tout le film est trop typé pour qu’on puisse à la dernière minute y rajouter un élément aussi radicalement contraire sans que ça ait l’air factice. À ce moment très précis de l’histoire, ce n’est plus le personnage qu’on voit, c’est l’auteur tirant ses ficelles pour modeler un propos. D’ailleurs, dans le fond, qu’est-ce que ça apporte ? Qu’est-ce que Trier essaie de nous dire ? Ça ressemble à quelque chose comme « Le masculin est animal ; aussi civilisé soit-il, sa pulsion sexuelle finira toujours par reprendre le dessus ». C’est navrant. C’est d’une fermeture d’esprit on ne peut plus décevante de la part de ce cinéaste qui prétend faire trembler les limites.

nymphomaniac vol 2 lars von trier

Une lueur d’espoir

Depuis que j’ai vu le film, je prie matin, midi et soir pour que ce dénouement si grossier soit affiné par le director’s cut. Sans cela, je crois bien qu’on aura affaire au plus mauvais film de Lars Von Trier.

Lire la critique de Nymphomaniac – Volume 1

Synopsis

Nymphomaniac – Volume 2 contient les trois derniers chapitres de l’autobiographie de Joe, nymphomane auto-diagnostiquée, telle qu’elle la raconte à Seligman, vieux juif célibataire qui l’a recueillie.

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