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Filmosaure | July 28, 2017

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La Forêt (2014)

Gibet
  • On August 24, 2014

Review Overview

Note
5

Comestible

Cet été, du 19 juin au 7 août, tous les jeudis, Arte propose une alléchante Collection Théâtre. Au programme, des captations évidemment, mais aussi et surtout des créations et recréations de mises en scène récentes par quelques uns de nos cinéastes les plus intéressants – sur un mode de production commun à celui du Que d’amour ! de Valérie Donzelli, Arnaud Desplechin réalise en quatrième semaine une adaptation de La Forêt d’Alexandre Ostrovski, avec la Comédie-Française.

S’il y a une chose qu’on ne peut pas enlever à La Forêt de Desplechin, c’est bien son aptitude à faire découvrir un texte plus ou moins inédit. Alexandre Ostrovski, dramaturge russe du XIXème essentiel – certains lui attribuent le titre de « Molière russe », d’autres celui d’ « ancêtre de Tchekov » – reste en France un illustre inconnu. La faute, semble-t-il, à une langue très soucieuse de rendre, à l’instar de celle de notre cher Balzac, les particularismes de l’époque, autrement dit une langue difficilement traduisible et de fait laborieusement exportable. Bien sûr, Desplechin ne nous propose ici qu’une version tronquée d’une version déjà tronquée, qui fait qu’on a accès au bout du compte à moins de 40% du texte – La Forêt originale dure à peu près 4 heures, la version de la Comédie-Française à peu près 3, et la version de Desplechin 1h30 – mais il faut bien commencer quelque part ! Et ce quelque part, ce n’est pas nulle part : ce sont quelques uns des meilleurs acteurs français vivants qui nous livrent le texte en question. On ne saurait d’ailleurs faire le reproche de la brièveté à Desplechin : le cinéaste est plutôt du genre à s’étendre, à parler trop, et ces coupes drastiques ne sont probablement que le fruit de la contrainte budgétaire.

La forêt

Là où la proposition de Desplechin déçoit – car, voilà, c’est dit, elle déçoit – c’est qu’elle n’opère en fait aucun changement par rapport à sa proposition habituelle. Donzelli, Desarthe, Angelo sont tous sortis de leurs petites logiques installées, soit qu’ils les ont abandonnées totalement, soit qu’ils les ont poussées à l’extrême, vers des cimes qu’ils n’avaient jamais encore effleuré – ils ont tous fait en somme, grâce à cette Collection Théâtre, un film qu’ils n’auraient jamais fait autrement. Desplechin, lui, reste tranquillement dans sa zone de confort et donne l’impression de ne pas jouer le jeu.

Son adaptation de La Forêt est, à bien des égards, tout ce qu’il y a de plus classique. Classique d’une part par rapport à la production télévisuelle et cinématographique de ces dernières années. La direction artistique est mollement réaliste, et je ne suis pas certain que le téléspectateur tombé par hasard sur La Forêt ait franchement fait la différence avec la série toute lisse toute fade des Au temps de Maupassant. Et quand le film n’est pas mou, il plonge tête la première dans des procédés attendus, tartes à la crème de l’adaptation de texte théâtral par un auteur de cinéma – voyez par exemple cette ouverture dans laquelle le personnage passe des loges à sa vie ou ces séquences qui aléatoirement passent du décor réaliste à une scène de théâtre nue.

Classique, d’autre part, à l’intérieur même de l’esthétique Desplechin : le cinéaste a l’habitude de se confronter à des textes très écrits, et il a même déjà directement affronté le texte théâtral dans Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes » (2003) ; il a affaire à des acteurs qu’il connaît bien (et que nous aussi connaissons bien, ce qui rend d’une manière l’exercice encore un peu moins intéressant), notamment Podalydès et Vuillermoz, employés dans Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996), et il ne sort pas de la dynamique de troupe qu’on retrouve dans tous ses films puisqu’il a à gérer ici une grosse dizaine de personnages ; il réutilise ponctuellement quelques de ses gimmicks de réalisation les plus évidents sans que ça soit particulièrement approprié, comme pour signer le film (à quoi bon ?) – et voilà que je te fais lire une lettre par un acteur en studio, face caméra, travelling avant, et voici que je te fous des nappes de musique constantes quand les acteurs dialoguent. Desplechin a fait l’escargot et a amené sa maison avec lui : en résulte un film endormi, qui fait osciller entre ennui poli et lassitude agacée.

La foret

En bref, la Collection Théâtre d’Arte donne lieu en sa quatrième semaine à un petit ratage, qui parvient malgré toutes les limites, à remplir sa mission première, c’est-à-dire donner à voir et à entendre du théâtre ailleurs que dans un théâtre.

Synopsis

Axioucha aime en secret Piotr, fils d’un riche moujik, mais elle vit chez sa tante Raissa, qui entend lui faire épouser Alexei, un jeune aristocrate désargenté. Pour constituer la dot de sa nièce, Raissa doit vendre une partie de sa forêt au père de Piotr. Par ailleurs, Raissa s’angoisse à l’idée de voir ressurgir son neveu Guennadi, qu’elle a laissé grandir loin d’elle dans le dénuement.

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