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Filmosaure | September 25, 2017

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Piège de Cristal (1988)

Piège de Cristal (1988)
Gibet
  • On February 28, 2013

Ma note : 8/10

J’ai un conseil tout simple pour tous ceux qui pestent d’avance contre Die Hard 5 : n’allez pas le voir, vous passerez un meilleur moment en revoyant la trilogie initiale. À cette époque, les scénaristes aimaient sincèrement leur personnage et Bruce Willis, beau et charismatique, n’avait encore jamais tourné dans Sale Môme.

SYNOPSIS

C’est Noël. John McClane, flic new-yorkais, va à Los Angeles pour passer les fêtes avec ses deux enfants et son ex-femme – ex-femme qu’il rejoint dans l’immense tour pour multinationales qu’est son lieu de travail. Malheureusement, une bande de malfrats européens a décidé qu’il volerait les trésors coffrés dans la tour cette nuit-là.

CRITIQUE

Le cinéma d’action l’oublie un peu trop souvent, Piège de Cristal c’est avant toute chose un scénario solide. Certes, on a quelques invraisemblances – du type McClane qui n’arrête pas de papoter tout seul comme un personnage de BD alors que techniquement il est censé être en train de se faire discret pour qu’on ne le repère pas ! – mais rien de foncièrement improbable, rien qui ne soit pas excusable par le genre du film. Par ailleurs, ce qui peut nous apparaître aujourd’hui comme cliché ne l’était sûrement pas il y a 25 ans. On s’est souvent moqué par exemple de ces mitraillettes à munitions extensibles mais est-ce que tout cela serait aussi amusant si ces aspects étaient traités avec réalisme ? Et d’ailleurs depuis quand le cinéma a un devoir de fidélité au réel ? Ce n’est pas du tout le propos ici.

Le scénario est puissant parce qu’il introduit sa situation clef en douceur. Dans les quinze premières minutes, on pourrait se croire dans un petit drame bourgeois, dans un Kramer contre Kramer. McTiernan filme cette introduction sans bâcler, parce qu’il a bien compris qu’il fallait qu’on croit dans ces personnages pour adhérer à la suite. Ça m’a fait penser, en redécouvrant le film à Love et autres drogues (dans un tout autre genre) : les types prennent le temps de développer leur protagoniste masculin très longuement, de raconter un film totalement différent de celui auquel on s’attend avant que le love interest fasse irruption – ça renforce l’idée que ceci est naturel, hasardeux, l’idée que, puisqu’on a eu tout le temps nécessaire pour s’attacher, pour s’identifier, ça pourrait être nous dans cette situation. On n’est pas avec Piège de Cristal dans de l’action brute et cash, qui nous ferait vriller le palpitant dès la première seconde de métrage, et c’est tant mieux. C’est très malin de commencer ainsi, en plus, car ça crée d’emblée une tension : les gens qui regardent Piège de Cristal savent, d’après le titre, la bande-annonce, ce qu’ils en ont lu ou aperçu avant de le découvrir, quel est l’élément perturbateur et sont, de fait, dans l’attente de cet événement. Le suspense, autrement dit, est subtilement amené.

L’écriture a un autre aspect pour nous réjouir : sa précision. Pour voir avec quel tact Piège de Cristal sait créer de l’enjeu à partir de détails anodins, je vous demanderais d’observer comment il joue du fait que McClane est pieds nus. Tour à tour astuce pour caractériser le personnage, prétexte à gags, manière d’accentuer sa silhouette héroïque, zone fragile qui le met en danger, ses pieds nus sont génialement utilisés. Si j’étais producteur à Hollywood, j’imposerais qu’il y ait des pieds nus dans tous les films d’actions.

piege de cristal bruce willis

Ce scénario béton est en outre servi par des acteurs globalement cabotins mais tous sympathiques et surtout par une mise en scène au cordeau. La gestion de l’espace, primordiale dans ce vaste huis-clos, est très réussie. McTiernan réussit à nous faire situer les corps et les lieux les uns par rapport aux autres par petites touches. Je pense notamment à un décor où McTiernan place un poster érotique en fond. Ça sert apparemment uniquement de support à blagues, mais c’est en fait un moyen pour nous faire identifier le lieu en un clin d’oeil. Quand McClane repasse devant ce poster, on sait où il est, on sait où sont ses ennemis, et on sait qu’il est dans la mouise. Et ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines.

J’aime aussi que le film ne soit pas totalement béat devant son héros, comme cela arrive souvent (coucou Jack Bauer !). Bien sûr, il y a des plans iconiques sur McClane torse nu qui tue des méchants mais, à côté, le film sous-entend plusieurs fois qu’il pourrait avoir tort d’agir tel qu’il agit. On a notamment, à travers le sergent Powell et le chef adjoint Robinson, qui sont à l’extérieur de la tour, deux exemples de spectateurs : Powell va excuser tout ce que fait McClane et Robinson va contester chacun de ses choix. C’est relativement manichéen mais c’est très sain et, finalement, assez fidèle à ce qu’on peut ressentir pour le personnage de Bruce Willis. On est tous un peu à la fois Robinson et Powell.

piege de cristal encore bruce willis

Piège de Cristal me rend nostalgique. J’ai l’impression de ne plus avoir vu ce genre de films tout simples mais tout bons depuis des lustres à Hollywood – peut-être ne vois-je pas assez de films hollywoodiens, me direz-vous. Piège de Cristal, c’est le genre de films que je regardais le dimanche soir sur TF1 entre papa et maman, et tout le monde allait se coucher avec la banane. Même la VF était cool, comme ça arrivait quelques fois dans les années 80 (souvenez-vous des VF de Retour vers le Futur ou de Robocop ! – c’est ça mes madeleines de Proust).

Je n’ai pas mis 10 à ce parfait divertissement car, en bon petit snobinard, il me faut une couche supplémentaire pour trouver un film génial. Mais, si malencontreusement vous ne l’avez jamais vu, je vous garantis deux heures de plaisir. Je vous garantis même six heures de plaisir si vous enchaînez avec 58 minutes pour vivre et Une journée en enfer.

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